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Mike Horn

10.07.20 – BREST – SKULL

 

C’est l’heure du premier blog de cette aventure !

Il y a deux jours, au matin du mercredi 8 juillet, nous avons enfin quitté le port de Brest en France et mis le cap sur l’Arctique. L’Arctique ! !! Nous partons à la découverte de la pittoresque côte est du Groenland et du Svalbard, l’archipel habité le plus septentrional du monde, pendant les interminables journées d’été du grand nord ! Mais d’abord, nous devons nous y rendre. Une navigation semi-atlantique de 7 jours nous attend… et la navigation en eaux libres n’est jamais une tâche facile ; tant pour l’esprit que pour le corps. Mais c’est ainsi que les choses fonctionnent dans la famille Horn : si vous voulez profiter de la récompense à la fin du voyage, vous devez d’abord souffrir un peu pour la mériter ;)

Le soleil n’était pas au rendez-vous ce matin-là, ce qui ne m’étonne pas vraiment pour Brest. A chaque visite, nous avons été accueillis par du vent et du gris. Mais cela n’enlève rien au charme de cette ville maritime. Le temps rude est le reflet des gens qui y vivent… des marins passionnés qui ont le goût de l’aventure : la maison des durs, dit-on.

Quoi qu’il en soit, qui a besoin de soleil pour vous voir partir alors qu’à la place, vous pouvez être embrassé par la chaleur d’une foule qui vous fait signe avant de partir et vous souhaite de voyager en toute sécurité depuis le quai ! Près de 100 personnes réunies et blotties sur la plus grande jetée du port du château de Brest pour observer le lancement du voilier Pangée dans l’Atlantique. Bien que le fait d’avoir autant de paires d’yeux qui vous fixent vous donne un peu l’impression d’être un animal de zoo, vous ne pouvez pas vous empêcher d’éprouver un immense respect pour ces avides adeptes de tous les horizons et de tous les âges qui se sont donné du mal un mercredi matin pour partager l’intensité du moment.

L’un de ces avides adeptes a d’ailleurs saisi mon intention : un garçon de 18 ans se tenant sur le quai en tenue de cycliste, admirant Paps avec des yeux rêveurs… Je me suis demandé ce qu’il faisait là en bas sur le quai, alors que tous les autres se tenaient là-haut sur la jetée… et je ne sais toujours pas comment il est arrivé là, mais j’ai une idée assez sûre de ce qui l’a amené là : sa passion et sa détermination. Il s’avère que ce gamin, avait appris aux nouvelles que Mike quittait Brest ce matin-là, alors il s’est réveillé à 3 heures du matin et a fait plus de 100 km à vélo pour venir nous dire au revoir. Mais comme il était un peu en retard et qu’il ne voulait pas manquer le départ de 9 heures, il a attaché son vélo et a fait du stop pour faire les 30 derniers kilomètres de son voyage jusqu’au port de Brest… difficile de ne pas se sentir ému par une histoire comme celle-ci ; surtout quand on pense que c’est totalement quelque chose que Paps aurait fait.

Je dois avouer que ça fait un peu bizarre de partir pour une terre lointaine. Après des mois de confinement encouragé, de restrictions de voyage et de craintes d’une seconde vague imminente, rester à la maison est en quelque sorte devenu notre nouvelle normalité ; même pour nous, une famille agitée incapable de ralentir le rythme et de rester au même endroit. Ainsi, lorsque nous quittons le port et que nous nous dirigeons vers l’Atlantique, nous avons presque l’impression d’être de vieux explorateurs têtus : nous ne comptons sur personne d’autre que nous pour partir vers l’inconnu.

La première journée de navigation a été intense, les premiers jours le sont généralement… mais cette fois-ci, cela semble un peu plus difficile que les précédentes. C’était probablement dû à la forte odeur de diesel qui envahissait le bateau alors que nous prenions la mer. Nous venions juste de quitter la terre ferme, mais quelque chose n’allait manifestement pas. Il n’est pas inhabituel de sentir un peu de diesel ici et là lorsque les moteurs commencent à tourner, mais cela ne m’avait jamais dérangé à ce point. Les vapeurs enivrantes nous faisaient tourner la tête et nos estomacs se retournaient ou était-ce les vagues ! La mer n’était pas agitée, mais en même temps, elle était loin d’être calme. Les vents soufflaient du nord-ouest, poussant Pangaea sur son côté tribord…youpi pour ceux qui ont une couchette à bâbord…ou pas. Il n’a pas fallu longtemps pour qu’un objet se détache, ou une personne d’ailleurs, se balance de gauche à droite. J’ai réussi à trouver un moyen d’accrocher mon bras droit dans un casier pour éviter d’être projeté du lit du haut sur le sol…bien que légèrement douloureuse, cette méthode a été un succès, j’ai réussi à rester collé à mon lit toute la nuit. On ne peut pas en dire autant de Jess, qui avait tiré sur la couchette du bas et qui n’a donc pas craint la chute autant que moi… mais peut-être aurait-elle dû, le lendemain matin au lever du soleil, je n’ai trouvé que son matelas et ses draps en désordre étalés de façon chaotique sur le sol, ce qui a dû être une chute difficile à réveiller.

C’est étrange de voir comment l’océan vous berce pour vous endormir, ou peut-être serait-il plus juste de dire : “comment l’océan vous assomme pour dormir”. Il est presque impossible de rester alerte et éveillé. Peu importe les efforts que vous déployez pour rester concentré sur l’horizon et prêter attention aux dispositifs du bateau pendant votre quart de travail, vous ne pouvez pas vous empêcher de vous assoupir… Bien sûr, on ne peut pas en dire autant des experts à bord. Alors que la majorité d’entre nous, marins amateurs, luttons contre la somnolence dans une position verticale constante, Mike, Bernard, Laure et Jacek sont sur la route, sifflant joyeusement au son de la brise de l’océan. Le Quattro mérite sans aucun doute leur pied marin après avoir perdu de vue le nombre de milles marins qu’ils ont parcourus au cours de décennies de navigation et de travail sur des bateaux.

On dit que le mal de mer s’atténue avec l’expérience… ou alors, et à mon avis, c’est plus exactement ce à quoi on s’habitue. Après quelques jours d’incessants allers-retours, de gauche à droite – ou de balancement comme aime à le dire Paps – on s’habitue à se sentir fatigué et somnolent et on n’a pas d’autre choix que de s’adapter à ce nouveau mode de vie. Cela dit, cela en vaut toujours la peine au final. Parce qu’à chaque fois que l’on quitte un endroit familier pour découvrir un nouvel endroit, on sait qu’on est parti pour une aventure qui va changer notre vie… et c’est pourquoi nous faisons ce que nous faisons et continuons à le faire : parce que nous vivons pour le frisson de l’aventure et que nous aspirons à l’inconnu.

Environ 30 heures après avoir quitté la côte bretonne et navigué vers le nord en pleine mer, nous avons repéré notre première terre : L’Irlande nous attendait fièrement à l’horizon. Bien que le voyage ne fasse que commencer et que nous nous soyons tous préparés pour une navigation directe de 7 jours vers le Groenland, nous étions tous ravis de voir la terre… on peut dire que le sentiment de joie était sans aucun doute renforcé par le départ difficile dont nous, les marins amateurs, avions tous souffert. Paps a donc décidé de céder à notre excitation et nous nous sommes approchés de l’Irlande jusqu’à ce que nous trouvions une petite baie confortable dans laquelle nous pourrions nous abriter pour la nuit. Tout ce qu’on dit sur la beauté des côtes irlandaises est vrai… les paysages étaient absolument époustouflants. Alors que nous naviguions vers la terre ferme, nous avons été accueillis par le phare le plus spectaculaire que j’ai jamais vu. Situé sur un petit îlot d’argile et d’ardoise qui porte le nom de Fastnet, ce phare se trouve à l’endroit le plus au sud de l’Irlande. Nous avons tous sauté sur le pont pour admirer la tour qui passait… c’était impressionnant. Alors que les vagues s’écrasaient majestueusement contre le rocher sombre qui émergeait, Paps nous a expliqué que dans des conditions météorologiques difficiles, les vagues pouvaient atteindre le sommet du phare… On peut dire sans risque de se tromper que nous sommes tous restés là, tranquilles, rassurés à l’idée de ne pas nous retrouver dans ce genre de conditions météorologiques difficiles… Paps a vraiment un don pour rationaliser.

Alors que nous avancions dans la baie, les collines verdoyantes et les falaises découpées brossaient le tableau exact que l’on pouvait imaginer de l’Irlande. Une par une, de jolies petites maisons ont fait leur apparition derrière les arbres luxuriants qui recouvraient les champs parfaits de la côte, jusqu’à ce qu’un groupe de points blancs soit repéré au loin : la ville de Skull. Les bouches pleines d’eau à l’idée de sauter sur la terre ferme pour remplir nos ventres vides d’une bonne dose de poisson et de frites, après la lutte acharnée pour arriver jusqu’ici, nous avons choisi de jouer la carte de la sagesse et de rester à bord pour éviter de provoquer un chaos lié au coronaire et nous avons plutôt appelé ça une journée. Nous nous sommes tous réjouis d’une bonne nuit de sommeil dans les eaux calmes de la baie, sans avoir à crocheter les bras dans les cageots ou à nous envoler des lits superposés…

Annika Horn

 


 

Time for this adventure’s first blog!

Two days ago, on the morning of Wednesday 8th of July, we finally left the port of Brest in France and set sail towards the Arctic. The Arctic!!! Off we go to discover the picturesque east coast of Greenland and the world’s northernmost inhabited archipelago of Svalbard during the great north’s endless summer days! But first, we need to get there. A 7-day semi-trans-Atlantic sail awaits us…and open water navigation is never an easy task; both for the mind and the body. But that’s how things work in the Horn family: if you want to enjoy the reward at the end of the journey, you first have to suffer a little to deserve it ;)

The sun wasn’t out to see us off that morning, which doesn’t really surprise me for Brest. Each time we’ve visited, we were greeted with wind and grey. But this doesn’t take away from the charm of this maritime city. The rugged weather is a reflection of the people who live there…passionate sailors with a taste for adventure: home to the tough ones they say.

Anyways, who needs sunshine to see you off when instead you can be embraced with the warmth of a crowd waving you goodbye and wishing you safe travels from the pier?! What must have been close to a 100 people gathered and huddled up on Brest’s Castle Port’s largest pier to observe the launch of sailing vessel Pangaea into the Atlantic. Although having so many pairs of eyes staring at you kind of makes you feel like a zoo animal, you can’t help but feel an immense amount of respect for those avid followers of all walks of lives and all ages who went out of their way on a Wednesday morning to share the intensity of the moment.

One of these avid followers actually caught my intention: an 18-year old boy standing on the dock in his cycling gear, admiring Paps with dreamy eyes…I wondered what he was doing there down on the dock, while everyone else was up there standing on the pier…and I still don’t know how he got there, but I have a pretty sure idea of what got him there: his passion and determination. Turns out this kid, had found out in the news that Mike was leaving Brest that morning, so he woke up at 3am and rode his bike over 100km to come wave us goodbye. But since he was running a little late and didn’t want to miss the 9am departure, he tied up his bike and hitchhiked to catch a ride for the last 30km of his journey to the port of Brest…hard not to feel moved by a story like this one; especially when you think that’s totally something Paps would have done.

I must admit, it does feel a little weird leaving for some faraway land. After months of encouraged confinement, travel restrictions and fears of imminent second waves, staying home kind of became our new normal; even for us, a restless family incapable of ever slowing down the pace and remaining in one place. So, as we leave port and head into the Atlantic, it almost feels like we’re stubborn old-time explorers: not relying on anybody but ourselves to head out into the unknown.

The first day of sailing was intense, first days usually are…but this time seemed to be a bit more difficult than the previous times. It was probably due to the strong smell of diesel invading the boat as we head out to sea. We had only just left land, but something was evidentially wrong. It’s nothing unusual to get a little whiff of diesel here and there when the engines start running, but it had never bothered me to such an extent. The intoxicating fumes made our heads spin and our stomachs turn or was it the waves?! The sea wasn’t rough, but at the same time, it was far from calm. The winds were blowing from the northwest, pushing Pangaea onto its starboard side…yippee for those with port bunks…or not. It didn’t take long for any loose object, or person for that matter, to swing from left to right. I managed to find a way to hook my right arm into a cubbyhole to avoid getting thrown from the top bunk onto the floor…although slightly painful, this method was a success, I managed to stay glued to my bed throughout the night. The same can’t be said for Jess, who had shotgun the bottom bunk and as a result didn’t fear the fall as much as I did…but maybe she should have, the next morning as the sun rose, I found nothing but her mattress and messy sheets spread out chaotically on the floor, that must have been a hard fall to wake-up to.

It’s weird how the ocean just rocks you to sleep, or perhaps it would be more accurate to say: “how the ocean knocks you out to sleep”. It’s almost impossible to stay alert and awake. No matter how hard you try to stay focused on the horizon and pay attention to the boat’s devices during your shift, you just can’t help yourself but nod off…Of course, the same can’t be said for the experts on board. While the majority of us amateur sailors are fighting off the drowsiness in a constant vertical position, Mike, Bernard, Laure and Jacek are out and about, whistling joyfully to sound of the ocean breeze. The Quattro definitely deserve their sea legs after losing track of the amount of sea miles they’ve covered over decades of sailing and working on boats.

They say seasickness fades with experience…alternatively, and in my opinion more accurately, it is just something you get used to. After a couple days of never-ending up and down, left and right – or rocking and rolling as Paps likes to call it – you get used to feeling tired and drowsy and you have no choice but to adapt to the new lifestyle. That being said, it’s always worth it in the end. Because every time we leave somewhere familiar to discover somewhere new, you just know you’re in for a life-changing adventure…and that’s why we do what we do and keep on doing it: because we live for the thrill of adventure and long for the unknown.

About 30 hours after leaving the coast of Brittany behind and sailing northwards into open water, we spotted our first land: Ireland was waiting for us proudly on the horizon. Although the journey had only just began and we all had prepared ourselves for a 7-day-straight sail to Greenland, we were all overjoyed with the sight of land…safe to say, the feeling of joy was undoubtably enhanced by the tough start us amateur-sailors had all suffered from. So Paps decided to give into our excitement and we approached Ireland until we found a cozy little bay to shelter ourselves in for the night. Everything they say about a beautiful coastal Ireland is true…the sceneries were absolutely jaw-dropping. As we sailed in towards land, we were welcomed with the most dramatic-looking lighthouse I’ve ever seen. Standing tall on a tiny clay-slate islet that goes by the name of Fastnet, this lighthouse finds itself at the most southerly point of Ireland. We all jumped out on deck to admire the passing tower…it was impressive. As the waves were majestically crashing against the emerged dark rock, Paps explained to us that in tough weather conditions, waves could reach as far as the top of the lighthouse…safe to say we all stood there quietly, reassured at the thought of not finding ourselves in those types of rough weather conditions…Paps sure has a gift when it comes to rationalising.

As we progressed into the bay, the rolling green hills, and clear-cut cliffs painted the exact picture one would imagine of Ireland. One by one, cute little cottages made their appearance from behind the lush trees covering the coast’s perfect fields, until a cluster of white dots were spotted in the distance: the town of Skull. Mouths watering at the thought of jumping on land to fill our empty bellies with a decent dose of fish and chips following the starving struggle it was to get here, we chose to play it wise and stay onboard to avoid causing any corona-related chaos and called it a day instead. We all looked forward to a good night’s sleep in the bay’s calm waters, without having to hook arms in cubbyholes or flying off bunkbeds…

Annika Horn